dissabte, 22 de juny de 2013

Péguy: La petita esperança





Jo sóc, diu Déu, Senyor de les tres virtuts.

La fe és una esposa fidel.
La caritat és una mare ardent.
Però l’esperança és una nena ben petita.

Jo sóc, diu Déu, Senyor de les tres virtuts.

La fe és la que es manté ferma en els segles dels segles.
La caritat és la que es dóna en els segles dels segles.
Però la meva petita esperança és la que es lleva cada matí.

Jo sóc, diu Déu, Senyor de les tres virtuts.

La fe és un soldat, és un capità que defensa una fortalesa.
La caritat és un metge, és una germaneta dels pobres, que té cura dels malalts, que té cura dels ferits.
Però la meva petita esperança és aquella que diu bon dia al pobre i a l’orfe.

Jo sóc, diu Déu, Senyor de les tres virtuts.

La fe és un gran arbre, és un roure ben arrelat.
I sota les ales d'aquest arbre la caritat, la meva filla caritat,
hi abriga totes les angoixes del món.
I la meva petita esperança no és sinó aquesta petita promesa de borró
que s'anuncia al bell començament d'abril.

I quan hom veu l'arbre, quan mireu el roure,
aquesta rude escorça de roure tretze i catorze vegades i divuit vegades centenària,
i que serà centenària i secular en els segles dels segles,
aquesta dura escorça rugosa i aquestes branques que són com un entrellat de braços enormes,
i aquestes arrels que s'enfonsen i engrapen la terra com un entrellat de cames enormes,
quan veieu tanta força i tanta rudesa, el borronet tendre ja no sembla res de res.

I ni amb l'espatlla no feu moure el tronc ni una mil·lèsima de mil·límetre,
ni amb el peu no podeu fer moure una sola d'aquestes grans arrels ni una mil·lèsima de mil·límetre,
ni amb la mà una sola d'aquestes grosses branques;
mentre que el borró no resisteix gens sota el dit
i, d'un cop d'ungla, el primer que passa us fa saltar un borró
que deixat créixer us faria una branca més grossa que la cuixa.

Perquè és més fàcil, diu Déu, destruir que fundar;
i fer morir que fer néixer;
i donar la mort que donar la vida;
i el borró no resisteix gens.
Perquè tampoc no està gens fet per a la resistència,
no està gens encarregat de resistir.
És el tronc, i és la branca, i aquesta arrel mare que estan fets per a la resistència,
que estan encarregats de resistir.
Però el tendre borró no està fet sinó per a la naixença,
i només s'encarrega de fer néixer.
I de fer durar.
I de fer-se estimar.


La caritat, diu Déu, no em sorprèn pas.
No és pas sorprenent.
Aquestes pobres criatures són tan desgraciades que,
a no ser que tinguin un cor de pedra,
com poden no tenir gens de caritat les unes per les altres.
Com poden no tenir gens de caritat pels seus germans.
Com poden no treure's el pa de la boca, el pa de cada dia,
per donar-lo a uns infants desgraciats que passen.

Però l'esperança, diu Déu, heus aquí el que em sorprèn.
A mi mateix.
Això és sorprenent.
Que aquests pobres infants vegin com va tot plegat
i creguin que demà les coses aniran millor.
Que vegin com va tot avui
i creguin que les coses aniran millor demà al matí.
Això és sorprenent i és la més gran meravella de la nostra gràcia.
I jo mateix n'estic sorprès.
I cal que la meva gràcia sigui efectivament d'una força increïble.
I que surti d'una font i sigui com un riu inesgotable.

El que em sorprèn, diu Déu, és l'esperança.
I no me'n sé avenir.
Aquesta petita esperança que té l'aire de res de res.
Aquesta noieta esperança.


Jo sóc, diu Déu, el Senyor d'aquesta virtut.

La meva petita esperança és aquella que s'acotxa cada vespre
i es lleva cada matí i passa, en veritat, molt bones nits.
La meva petita esperança és aquella que, cada matí, ens dóna el bon dia.


Text elaborat a partir de l'inici de Le mystère des saints innocents i de l'inici de Le Porche du mystère de la deuxième vertu, tots dos de 1912, de Charles Péguy:

Je suis, dit Dieu, Maître des Trois Vertus.

La Foi est une épouse fidèle.
La Charité est une mère ardente.
Mais l'espérance est une toute petite fille.

Je suis, dit Dieu, le Maître des Vertus.

La Foi est celle qui tient bon dans les siècles des siècles.
La Charité est celle qui se donne dans les siècles des siècles.
Mais ma petite espérance est celle qui se lève tous les matins.

Je suis, dit Dieu, le Seigneur des Vertus.

La Foi est celle qui est tendue dans les siècles des siècles.
La Charité est celle qui se détend dans les siècles des siècles.
Mais ma petite espérance est celle qui tous les matins nous donne le bonjour.

Je suis, dit Dieu, le Seigneur des Vertus.

La Foi est un soldat, c'est un capitaine qui défend une forteresse, une ville du roi,
aux marches de Gascogne, aux marches de Lorraine.
La Charité est un médecin, c'est une petite sœur des pauvres.
Qui soigne les malades, qui soigne les blessés, les pauvres du roi,
aux marches de Gascogne, aux marches de Lorraine.
Mais ma petite espérance est celle qui dit bonjour au pauvre et à l'orphelin.

Je suis, dit Dieu, le Seigneur des Vertus.
 
La Foi est une église, c'est une cathédrale enracinée au sol de France.
La Charité est un hôpital, un hôtel-Dieu qui rapiasse toutes les misères du monde.
Mais sans l'espérance, tout ça ne serait qu'un cimetière.

Je suis, dit Dieu, le Seigneur des Vertus.
 
La Foi est celle qui veille dans les siècles des siècles.
La Charité est celle qui veille dans les siècles des siècles.
Mais ma petite espérance est celle qui se couche tous les soirs
et se lève tous les matins et fait vraiment de très bonnes nuits.

Je suis, dit Dieu, le Seigneur de cette vertu-là.
Ma petite espérance est celle qui s'endort tous les soirs,
dans son lit d'enfant,
après avoir bien fait sa prière,
et qui tous les matins se réveille et se lève
et fait sa prière avec un regard nouveau.
 
Je suis, dit Dieu, Seigneur des Trois Vertus.

La Foi est un grand arbre, c'est un chêne enraciné au cœur de France.
Et sous les ailes de cet arbre la Charité, ma fille la Charité abrite toutes les détresses du monde.
Et ma petite espérance n'est rien que cette petite promesse de bourgeon
qui s'annonce au fin commencement d'avril.

Et quand on voit l'arbre, quand vous regardez le chêne,
cette rude écorce du chêne treize et quatorze fois et dix-huit fois centenaire,
et qui sera centenaire et séculaire dans les siècles des siècles,
cette dure écorce rugueuse et ces branches qui sont comme un fouillis de bras énormes,
(un fouillis qui est un ordre),
et ces racines qui s'enfoncent et qui empoignent la terre comme un fouillis de jambes énormes,
(un fouillis qui est un ordre),
quand vous voyez tant de force et tant de rudesse
le petit bourgeon tendre ne paraît plus rien du tout.
C'est lui qui a l'air de parasiter l'arbre, de manger à la table de l'arbre.
Comme un gui, comme un champignon.
C'est lui qui a l'air de se nourrir de l'arbre
(et le paysan les appelle des gourmands),
c'est lui qui a l'air de s'appuyer sur l'arbre, de sortir de l'arbre,
de ne rien pouvoir être, de ne pas pouvoir exister sans l'arbre.
Et en effet aujourd'hui il sort de l'arbre,
à l'aisselle des branches, à l'aisselle des feuilles
et il ne peut plus exister sans l'arbre.
Il a l'air de venir de l'arbre, de dérober la nourriture de l'arbre.
Et pourtant c'est de lui que tout vient au contraire.
Sans un bourgeon qui est une fois venu, l'arbre ne serait pas.
Sans ces milliers de bourgeons,
qui viennent une fois au fin commencement d'avril
et peut-être dans les derniers jours de mars,
rien ne durerait, l'arbre ne durerait pas,
et ne tiendrait pas sa place d'arbre
(il faut que cette place soit tenue),
sans cette sève qui monte et pleure au mois de mai,
sans ces milliers de bourgeons qui pointent
tendrement à l'aisselle des dures branches.

Il faut que toute place soit tenue.
Toute vie vient de tendresse.
Toute vie vient de ce tendre, de ce fin bourgeon d'avril,
et de cette sève qui pleure en mai,
et de la ouate et du coton de ce fin bourgeon blanc
qui est vêtu, qui est chaudement, qui est tendrement
protégé d'un flocon d'une toison d'une laine végétale,
d'une laine d'arbre.
En ce flocon cotonneux est le secret de toute vie.
La rude écorce a l'air d'une cuirasse,
en comparaison de ce tendre bourgeon.
Mais la rude écorce n'est rien, que du bourgeon durci,
que du bourgeon vieilli.
Et c'est pour cela que le tendre bourgeon perce toujours,
jaillit toujours dessous la dure écorce.

L'homme de guerre le plus dur a été un tendre enfant nourri de lait;
et le plus rude martyr, le martyr le plus dur sur le chevalet,
le martyr à la plus rude écorce, à la plus rugueuse peau,
le martyr le plus dur à la serre et à l'onglet a été un tendre enfant laiteux.
Sans ce bourgeon, qui n'a l'air de rien, qui ne semble rien,
tout cela ne serait que du bois mort.

Et le bois mort sera jeté au feu.

Ce qui vous trompe, c'est que cette rude écorce vous écorche les mains;
et ni de l'épaule vous ne faites bouger le tronc d'un millième de millimètre,
ni du pied vous ne pouvez faire bouger une de ces grosses racines d'un millième de millimètre;
ni de la main une seule de ces grosses branches;
et c'est à peine si vous ébranleriez quelques-unes de ces petites branches,
et si vous les feriez balancer; 
au lieu que le bourgeon ne résiste point sous le doigt
et d'un coup d'ongle le premier venu vous fait sauter un bourgeon
qui développé vous ferait une branche plus grosse que la cuisse.

Car il est plus facile, dit Dieu, de ruiner que de fonder;
et de faire mourir que de faire naître;
et de donner la mort que de donner la vie;
et le bourgeon ne résiste point.
C'est qu'aussi il n'est point fait pour la résistance,
il n'est point chargé de résister.
C'est le tronc, et la branche, et cette maîtresse racine
qui sont faits pour la résistance, qui sont chargés de résister.
Et c'est la rude écorce qui est faite pour la rudesse
et qui est chargée d'être rude.

Mais le tendre bourgeon n'est fait que pour la naissance
et il n'est chargé que de faire naître.
(Et de faire durer).
(Et de se faire aimer).
 
Or je vous le dis, dit Dieu, sans ce bourgeonnement de fin avril,
sans ces milliers, sans cet unique petit bourgeonnement de l'espérance,
qu'évidemment tout le monde peut casser, sans ce tendre bourgeon cotonneux,
que le premier venu peut faire sauter de l'ongle,
toute ma création ne serait que du bois mort.

Et le bois mort sera jeté au feu.

- - -


La foi, ça ne m'étonne pas.
Ça n'est pas étonnant.
J'éclate tellement dans ma création.
Dans le soleil et dans la lune et dans les étoiles.
Dans toutes mes créatures.
Dans les astres du firmament et dans les poissons de la mer.
Dans l'univers de mes créatures.
Sur la face de la mer et sur la face des eaux.
Dans le mouvement des astres qui sont dans le ciel.
Dans le vent qui souffle que la mer et dans le vent qui souffle sur la vallée.
Dans la calme vallée.
Dans la recoite vallée.
Dans les plantes et dans les bêtes et dans les bêtes des forêts.
Et dans l'homme.
Ma créature.
Dans les peuples et dans les hommes et dans les rois et dans les peuples.
Dans l'homme et dans la femme sa compagne.
Et surtout dans les enfants.
Mes créatures.
Dans le regard et dans la voix des enfants.
Car les enfants sont plus mes créatures que les hommes;
Ils n'ont pas encore été défaits par la vie.
De la terre.
Et entre tous ils sont mes serviteurs.
Avant tous.
Et la voix des enfants est plus pure
que la voix du vent dans le calme de la vallée.
Dans la vallée recoite.
Et le regard des enfants est plus pur que le bleu du ciel,
que le laiteux du ciel, et qu'un rayon d'étoile dans la calme nuit.
Or j'éclate tellement dans ma création.
Sur la face des montagnes et sur la face de la plaine.
Dans le pain et dans le vin

et dans l'homme qui laboure et dans l'homme qui sème
et dans la moisson et dans la vendange.
Dans la lumière et dans les ténèbres.
Et dans le cœur de l'homme,
qui est ce qu'il y a de plus profond dans le monde.
Créé.
Si profond qu'il est impénétrable à tout regard.
Excepté à mon regard.
Dans la tempête qui fait bondir les vagues
et dans la tempête qui fait bondir les feuilles.
Des arbres dans la forêt.
Et au contraire dans le calme d'un beau soir.
Dans les sables de la mer et dans les étoiles
qui sont un sable dans le ciel.
Dans la pierre du seuil et dans la pierre du foyer
et dans la pierre de l'autel.
Dans la prière et dans les sacrements.
Dans les maisons des hommes et dans l'église
qui est ma maison sur la terre.
Dans l'aigle ma créature qui vole sur les sommets.
L'aigle royal qui a au moins deux mètres d'envergure
et peut-être trois mètres.
Et dans la fourmi ma créature qui rampe et qui amasse petitement.
Dans la terre.
Dans la fourmi mon serviteur
et jusque dans le serpent.
Dans la fourmi ma servante, mon infime servante,
qui amasse péniblement, la parcimonieuse.
Qui travaille comme une malheureuse
et qui n'a point de cesse et n'a point de repos.
Que la mort et que le long sommeil d'hiver
(haussant les épaules de tant d'évidence,
devant tant d'évidence.)
J'éclate tellement dans toute ma création.
Dans l'infime, dans ma créature infime,
dans ma servante infime, dans la fourmi infime.
Qui thésaurise petitement, comme l'homme.
Comme l'homme infime.
Et qui creuse des galeries dans la terre.
Dans les sous-sols de la terre.
Pour y amasser mesquinement des trésors.
Temporels.
Pauvrement.
Et jusque dans le serpent.
Qui a trompé la femme et rampe pour cela sur le ventre.
Et qui est ma créature et qui est mon serviteur.
Le serpent qui a trompé la femme.
Ma servante.
Qui a trompé l'homme mon serviteur.
J'éclate tellement dans ma création.
Dans tout ce qui arrive aux hommes et aux peuples,
et aux pauvres.
Et même aux riches.
Qui ne veulent pas être mes créatures.
Et qui se mettent à l'abri d'être mes serviteurs.
Dans tout ce que l'homme fait et défait de mal et de bien.
(Et moi je passe par dessus, parce que je suis le maître
et je fais ce qu'il a défait et je défais ce qu'il a fait.)

(...)

J'éclate tellement dans ma création q
ue pour ne pas me voir vraiment
il faudrait que ces pauvres gens fussent aveugles.



La charité, dit Dieu, ça ne m'étonne pas.
Ça n'est pas étonnant.
Ces pauvres créatures sont si malheureuses
qu'à moins d'avoir un cœur de pierre,
comment n'auraient-elles point charité les unes des autres.
Comment n'auraient-ils point charité de leur frères.
Comment ne se retireraient-ils point le pain de la bouche, 
le pain de chaque jour,
pour le donner à de malheureux enfants qui passent.

(...)



Mais l'espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne.
Moi-même.
Ça c'est étonnant.

Que ces pauvres enfants voient comme tout ça se passe
et qu'ils croient que demain ça ira mieux,
qu'ils voient comme ça se passe aujourd'hui
et qu'ils croient que ça ira mieux demain matin.
Ça c'est étonnant et c'est bien la plus grande merveille de notre grâce.
Et j'en suis étonné moi-même.
Et il faut que ma grâce soit en effet d'une force incroyable.
Et qu'elle coule d'une source et comme un fleuve inépuisable.
Depuis la première fois qu'elle coula et depuis toujours qu'elle coule.

(...)

Quelle ne faut-il pas que soient ma grâce et la force de ma grâce
pour que cette petite espérance,
vacillante au souffle du péché, tremblante à tous les vents,
anxieuse au moindre souffle,
soit aussi invariable, se tienne aussi fidèle,
aussi droite, aussi pure; et aussi invincible, et immortelle,
et impossible à éteindre; que cette petite flamme du sanctuaire
qui brûle éternellement dans la lampe fidèle.
Une flamme tremblotante a traversé l'épaisseur des mondes.
Une flamme vacillante a traversé l'épaisseur des temps.
Une flamme anxieuse a traversé l'épaisseur des nuits.


(...)

Ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'espérance.
Et je n'en reviens pas.
Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.

Car mes trois vertus, dit Dieu,
les trois vertus mes créatures,
mes filles, mes enfants,
sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de cœur.
Ou une sœur aînée qui est comme une mère.
L'Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l'année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d'Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son bœuf et son âne en bois d'Allemagne.
Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu'elles sont en bois.
C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.